FONDS SOUVERAIN : L'ESSENTIEL

Dans toute cette section, on va essayer d'expliquer tout ce qu'il y a à savoir sur un fonds souverain.

Pourquoi des fonds souverains et quelle utilité ?

 

Un Etat, quand il fait plus de recettes que de dépenses, a deux solutions :

  • ou bien il dépense l’excédent (par exemple en investissant dans des infrastructures, en dépenses sociales etc.)

  • ou bien il le met de côté.

 

Si cet excédent est voué à disparaître comme c’est par exemple le cas des pays disposant de ressources naturelles (épuisables donc), l’Etat aura plutôt tendance à épargner pour que, lorsque l’excédent aura disparu, l’Etat puisse encore jouir d’un certain bienêtre financier en puisant intelligemment dans cette épargne.

 

Si au contraire cet excédent n’est pas voué à disparaître, alors l’Etat aura tendance à redistribuer immédiatement cet excédent qui donc s'atténue (voire s'estompe) mécaniquement.

 

Dans tous les cas, lorsque les Etats décident de mettre de côté en prévision d’une diminution inévitable de leurs excédents, ils créent un fonds dans lesquels ils mettent toute leur épargne. Ce fonds est géré par l’Etat lui-même et s’appelle un fonds souverain.

 

La raison d’être d’un fonds souverain, pour les pays excédentaires, est de garantir l’objectif sociétal du pays (ou modèle/projet de société), à travers une gestion financière adaptée. L’objectif sociétal, lorsqu’il est réaliste, définit l’objectif du fonds souverain. En retour, le fonds souverain, par une gestion adaptée, garantit l’objectif sociétal. Voilà comment la société et le fonds souverain sont liés.

Comment les fonds souverains sont-ils gérés?

 

Les fonds souverains investissent la majorité de leurs avoirs dans les marchés financiers internationaux de manière à les faire grossir à long-terme. Mais ils ne le font pas n’importe comment et s’organisent en général de la manière suivante (très simplifié pour l’exercice) :

 

Etape 1 : le Directeur définit les objectifs financiers du fonds

 

C’est l’étape fondamentale d’un fonds souverain (comme de tout autre investisseur, qu’il soit institutionnel ou non). A partir de l’objectif sociétal, qu’on suppose réaliste évidemment, le Directeur rédige l’objectif financier que doit poursuivre le fonds souverain afin de garantir l’objectif sociétal. Si l’objectif sociétal s’exprime en des termes non financiers, l’objectif financier doit être rédigé de manière précise et non ambigüe de manière à être parfaitement compréhensible et suffisant pour un spécialiste financier. En gros, il s’agit de rédiger le cahier des charges du fonds à destination des financiers.

 

Par exemple, dans le cas d’un fonds souverain d’un pays producteur de pétrole, l’objectif sociétal pourrait être de vouloir que les 5 prochaines générations soient autant “gâtées” que les générations actuelles, quand même bien le pays n’aurait plus de pétrole dans son sol au bout d’une génération. Le Directeur doit alors traduire cet objectif sociétal en des termes financiers précis.

Quand cette étape n’est pas parfaitement claire, le fonds souverain ne permet pas de garantir l’objectif sociétal et sa mission principale échoue.


 

Etape 2 : l’Allocataire détermine l’allocation d’actifs (ou stratégie de gestion)

 

Le cahier des charges du fonds est alors transmis à l’Allocataire, qui regroupe des économistes et des ingénieurs financiers. Les économistes font des scénarios sur ce qui peut se passer sur les marchés financiers à l’avenir et les ingénieurs financiers utilisent les prévisions des économistes et le cahier des charges du fonds pour dire ce qu’il convient d’acheter sur les marchés financiers et  combien il faut en acheter, afin de répondre au cahier des charges. C’est la stratégie de gestion (ou allocation d’actifs).

Par exemple, le résultat de ce travail pourrait être de dire d’acheter 60% d’obligations, 30% d’actions et 10% d’immobilier aujourd’hui, et des proportions différentes à d’autres moments.

A ce stade, le travail n’est pas encore terminé.


 

Etape 3 : le Sélectionneur choisit les “bons” fonds

 

Maintenant qu’on sait combien il faut acheter d’actions (par exemple), encore faut-il savoir à quels spécialistes “actions” confier l’argent (ou plutôt dans quels fonds “actions” il faut investir), à moins que le fonds souverain décide lui-même de choisir les actions spécifiques qu’il veut acheter, ce qui est marginal. Le Sélectionneur (en général des ingénieurs financiers ou analystes de fonds) fait donc en général un appel d’offre auprès de sociétés de gestion d’actifs, analyse les réponses et fait son choix sur des critères précis.

Par exemple, le résultat de ce travail pourrait être de dire de confier une moitié de l’argent consacré aux actions au fonds “Action A” et l’autre moitié au fonds “Action B”.

A ce stade, le travail n’est toujours pas terminé.


 

Etape 4 : le Gérant achète les actifs financiers

 

Maintenant que le fonds souverain a confié (toujours dans notre exemple) de l’argent au fonds “Action A”, la personne qui s’occupe de la gestion de ce fonds (on l’appelle le Gérant) achète des actions sur les marchés financiers selon la stratégie qui lui est propre.

A ce stade, tout l’argent du fonds souverain est donc réparti entre un certain nombre de fonds et donc, en bout de chaine, totalement investi sur les marchés financiers. Ses avoirs varient alors avec le temps en fonction de l’évolution des marchés financiers.

 

Bien entendu, tout ce processus, qu’on appelle communément “processus de gestion”, est contrôlé et suivi de près. Tous les fonds dans lesquels le fonds souverain est investi font des rapports au fonds souverain et le processus de gestion est régulièrement adapté selon l’évolution des marchés financiers et le travail de chacun.

On peut schématiser ces étapes de la manière suivante :