GESTION DU FRC : SOLUTION POSSIBLE

Dans toute cette section, on propose une solution pour résoudre le problème du rôle et de la gestion du FRC que nous avons vu dans la section précédente.

Principe de la solution

 

Tout l’objectif est de compléter le schéma organisationnel du FRC pour qu’il devienne un véritable fonds souverain :

  • en supprimant l’interrogation qui porte sur l’”Objectif sociétal”

  • et en rajoutant la boite “Objectif financier” et les 2 flèches qui la relient au reste

 

C’est à dire de réaliser la transition suivante :

Remarque : bien sûr, le FRC actuel ne pouvant pas garantir ne serait-ce que le modèle économique et social actuel sur 3 générations (voir l'Impasse), il faudra sans doute (un peu) le modifier pour que le FRC accepte de le garantir, et cela peut se faire progressivement bien entendu.

 

Réaliser cette transition n'est malheureusement pas si facile que ça. Voyons-voir comment on peut y parvenir.

 

Détail de la solution

Voyons à présent en détail les 3 éléments essentiels de notre proposition.

Déterminer l’objectif sociétal

 

On doit arriver à formuler par écrit ce qu’on veut (et dans des termes clairs et précis) pour Monaco sur le long terme (par exemple pour les 50 prochaines années, ou bien en termes de générations, pour les 2 ou 3 prochaines générations, ou bien tout simplement “pour toujours”) et dans un certain nombre de dimensions (logement, emploi, qualité de vie, environnement, etc.). C’est un exercice difficile mais fondamental et nécessaire. Cet objectif peut s’exprimer sous forme de principes simples, mais l’ensemble doit être le plus exhaustif et le moins ambigu possible.

 

Pour fixer les idées, un objectif sociétal pourrait par exemple prendre la forme suivante :

"On veut que pendant les 50 prochaines années (ce qui suit constitue les principes de l’objectif sociétal) :

  • tous les nationaux qui le souhaitent puissent habiter à Monaco et dans des conditions équivalentes à celles d’aujourd’hui; et qu’il soit possible, à tous ceux qui le souhaitent, de vivre ailleurs sans que leur situation financière soit fondamentalement différente

  • tous les nationaux puissent pouvoir travailler à Monaco dès lors qu’il y a un besoin et que la priorité nationale soit toujours respectée

  • le nombre de mètres carrés d’espaces verts soit proportionnel au nombre de résidents

  • le nombre de chantiers de reconstruction simultanés ne dépasse pas un nombre faible (par exemple 3) pour la qualité de vie

  • les conditions d’accès au territoire et de circulation reviennent à des niveaux acceptables

  • Monaco fasse tout pour que le réchauffement climatique ne soit plus un problème à l’avenir

  • la fin de vie puisse toujours se dérouler dans de bonnes conditions, peu importe l’évolution des choses

  • etc.

Et que financièrement parlant, les réserves du pays (i.e. la valeur du FRC) à l’horizon des 50 ans soient toujours conséquentes (par exemple au moins 1 fois le PIB dans 95% des cas) pour que les générations suivantes puissent voir venir, et que dans le cas d’un certain nombre de scénarios bien identifiés (par exemple une crise financière, une crise immobilière, une crise fiscale etc.), les réserves ne chutent jamais au delà d’un certain montant."

Voilà, ce n’est qu’un exemple d’objectif sociétal parmi une infinité.

En déduire l’objectif financier du FRC

 

Lorsque l’objectif sociétal est bien rédigé, le Directeur du FRC doit alors s’assurer que :

  • il est capable d’estimer (grâce à un simulateur de finances publiques) quelle sera la valeur annuelle future du FRC dans le futur, conformément à l’horizon de temps défini dans l’objectif sociétal (dans notre exemple, estimer la valeur future du FRC pendant les 50 prochaines années) compte tenu des coûts futurs de chaque principe de l’objectif sociétal (par exemple, du coût annuel pour l’Etat du principe “tous les nationaux qui le souhaitent puissent habiter à Monaco et dans des conditions équivalentes à celles d’aujourd’hui”, compte tenu de l’évolution de la démographie, du stock actuel de terrains et de logements, de l’évolution du coût de la construction et du prix du mètre carré etc.). Pour ça, le Directeur doit notamment pouvoir simuler le bilan financier annuel de l’Etat (sur les 50 prochaines années dans notre exemple) compte tenu de l’ensemble des données actuelles, des mécanismes budgétaires, de l’ensemble des principes de l’objectif sociétal et d’un certain nombre d’hypothèses (pour l'exemple, l’institut Montaigne donne ici une idée de ce à quoi ressemble un simulateur de finance publique)

  • la valeur actuelle du FRC est suffisante pour que l’objectif sociétal puisse être garanti par une stratégie financière adaptée au sein du FRC; si ce n’est pas suffisant, alors ou bien on modifie l’objectif sociétal à la baisse jusqu’à trouver un objectif sociétal acceptable (parce qu’on ne peut pas modifier la valeur actuelle du FRC), ou bien on programme une série d’excédents successifs de manière à augmenter rapidement la valeur du FRC jusqu’à ce qu’elle soit suffisante pour garantir l’objectif sociétal, ou bien on fait un peu les deux

 

A ce stade du travail, le Directeur peut alors formuler le problème que doit résoudre l’Allocataire pour que la stratégie financière du FRC garantisse l’objectif sociétal.

 

Pour fixer les idées, l’objectif financier peut être formulée de la façon suivante (en poursuivant notre exemple) :

"Déterminer la stratégie financière (c'est-à-dire l’allocation d’actifs du FRC) qui maximise l’espérance de la valeur du FRC à l’horizon de 50 ans sachant que la probabilité que la valeur du FRC dans 50 ans soit supérieure au PIB doit être au moins de 95%, et qu’en cas d’une baisse des marchés actions de 30% le FRC ne perde pas plus de 10% de sa valeur."


 

En déduire l’allocation d’actifs du FRC

 

L’Allocataire détermine alors l’allocation d’actif optimale qui résout l’objectif financier déterminé par le Directeur. Pour cela, il s’aide d’un programme informatique et d’un ensemble d’hypothèses supplémentaires. Cette allocation est souvent qualifiée de “stratégique” et elle est révisée périodiquement.

Par ailleurs, l’Allocataire suit en permanence les marchés financiers, et il peut être amené par un raisonnement opportuniste à prendre des petits paris à courte échéance. L’allocation d’actifs qui en découle est souvent qualifiée de “tactique”.

L’allocation d’actif finale retenue par l’Allocataire est alors la somme des allocations stratégiques et tactiques, et elle est transmise au Sélectionneur.

A partir de ces éléments, examinons à présent la façon dont on pourrait s'y prendre pour atteindre cet objectif.

Comment faire en pratique ?

Voici donc ce qu’il y aurait à faire :

 

Etape 1 : créer un outil sur-mesure de simulation de finances publiques

 

On l’a vu, le FRC doit être capable de simuler (ou de projeter) le résultat budgétaire annuel de l’Etat dans le futur pour une politique donnée. Pour cela, il faut un simulateur (un outil informatique) qui prenne en entrée :

  • l’ensemble des données actuelles (démographie, économie, inventaire de l’Etat etc.)

  • un jeu d’hypothèses/scénarios (démographiques, macro-économiques, comportementale, financières etc.) sur l’avenir

  • une politique publique (par exemple les principes de l’objectif sociétal)

et donne en sortie le résultat budgétaire annuel estimé pour les x prochaines années (ou décennies) après un ensemble de calculs.

Un tel simulateur capable de simuler le long-terme est absolument fondamental, c’est un exercice difficile mais il est réalisable. Tous les pays suffisamment avancés en possèdent un plus ou moins sophistiqué pour estimer l’impact d’une politique publique sur les finances futures, qu’ils aient une dette ou un fonds souverain à gérer, c’est la même chose.

Un tel simulateur est forcément sur-mesure, chaque pays ayant des spécificités uniques. Par conséquent, il doit être spécifié par l’Etat. De plus, il est préférable qu’il soit également développé par l’Etat pour des raisons assez naturelles. En pratique, on peut par exemple commencer par une version simple et le sophistiquer (pour le rendre plus proche de la réalité) au fil du temps.

Etape 2 : déterminer l’objectif sociétal que le FRC peut garantir

 

C’est le résultat du consensus national et il doit impliquer le pays en entier (dirigeants et peuple). Pour arriver à ce consensus final, le travail serait très certainement itératif comme on l’a vu dans la section précédente :

  1. tout le monde s'accorde sur un objectif sociétal

  2. on simule ce que seraient les valeurs futures du FRC (grâce au simulateur) si on appliquait la politique publique définie par l’objectif sociétal

  3. on vérifie si la valeur du FRC est suffisante pour que l’objectif sociétal soit satisfait d’après cette simulation

  4. si c’est le cas, alors on retient cet objectif sociétal; sinon on retourne à l’étape 1. en modifiant à la baisse l’objectif sociétal

 

En pratique, le Gouvernement et le Conseil National sont probablement les deux principaux acteurs pour réaliser ce travail dont le résultat final doit être rendu public puisque c’est le consensus national. Bien sûr, ce consensus peut être amené à évoluer au fil du temps.


 

Etape 3 : formuler l’objectif financier du FRC

 

Cette étape a été décrite dans la section précédente.


 

Etape 4 : créer l’environnement de travail de l’Allocataire

 

Il s’agit ici, comme on l’a vu précédemment de :

  • créer l’outil permettant de déterminer l’allocation d’actif optimale du FRC

  • définir l’ensemble du processus de gestion du FRC


 

Etape 5 : démarrer la gestion optimale du FRC

 

Il s’agit ici de démarrer le travail effectif de l’Allocataire (toute la suite existe déjà aujourd’hui), et à ce moment-là le FRC a terminé sa transition.

Combien de temps faut-il pour réaliser cette transition ?

 

Le temps total nécessaire, c’est essentiellement le temps pour :

  • créer l’outil de simulation de finances publiques (disons 6 mois pour une version simple + 6 mois supplémentaires s’il faut recruter quelqu’un de spécialisé, cette fonction étant pérenne puisque le simulateur sera en constante amélioration)

  • déterminer le consensus sur l’objectif sociétal réalisable (disons par exemple entre 6 mois et 1 an de travail)

  • créer l’environnement de travail de l’Allocataire (disons 3 mois pour une version simple + 6 mois supplémentaires s’il faut recruter quelqu’un de spécialisé, cette fonction étant pérenne puisque les outils et le travail de l’allocataire sont en évolution permanente)

 

La transition durerait disons entre 1 an et demi et 3 ans.


 

Quel est le coût ?

Ça ne coûte rien, sauf le salaire du (ou des 2) spécialiste(s) en cas de recrutement(s). La fourchette de revenus est large pour ce type de spécialiste. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Imaginons que grâce à leur travail le rendement annuel de la partie liquide du FRC passe de 3,25% à 3,26%. En montant, cela représente un gain de 200k€/an. Un spécialiste vaut sans doute moins que cela. Donc dès lors que grâce au travail d'un spécialiste le rendement du FRC progresse de plus de 0,01%, le FRC réalise un gain net en recrutant ce spécialiste. Pour 2 spécialistes, le FRC réalise un gain net si son rendement progresse de plus de 0,02% etc.



 

Conséquences

 

Avec une telle transition, les conséquences sont multiples :

  • nous aurons formulé ce que nous voulons vraiment, dans un consensus national, et nous saurons que ce que nous voulons vraiment est réalisable

  • le FRC aura enfin, pour la première fois depuis son existence, un objectif et il sera géré de manière optimale

  • chacun pourra dire si on doit plutôt épargner ou si on peut se permettre de dépenser chaque année et de combien

  • à chaque fois qu’on souhaitera légiférer, on saura si ce qu’on propose est soutenable financièrement parlant par rapport à l’objectif sociétal (c'est-à-dire si la valeur du FRC est suffisante)

  • il n’y aura plus jamais de débat pour savoir si on est suffisamment ou pas assez riche puisque c’est la valeur minimale du FRC qui répondra à cette question

  • les débats financiers porteront alors sur la façon de répartir la richesse, sur l’objectif sociétal, et éventuellement sur le simulateur de finances publiques

  • la gestion du FRC devenant optimale, il est fort possible que l’Etat soit financièrement gagnant sur le long-terme

 

Nous pensons qu’une telle évolution profiterait ainsi à tous.