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Budget Primitif 2026 : la fête est finie

4 Octobre 2026​

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Après l’étrangeté du Budget Primitif 2025, la mouture 2026 du Primitif paraît moins farfelue. Malheureusement, il signe la fin de la période dite des recettes exceptionnelles et illustre un retour un peu brutal à la « vie d’avant ». Dans la mesure où les dépenses futures inévitables ne font qu’augmenter et que les recettes sont à présent en contraction, il y a de quoi se poser quelques questions sérieuses voire existencielles, auxquelles le budget primitif ne répond malheureusement pas, au risque d'inquiet. Voici notre analyse.

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Préambule

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En préambule, il convient de rappeler que toutes les remarques concernant les documents budgétaires (voir ici) sont toujours d’actualité. En effet, le Gouvernement n’a malheureusement jamais donné suite à la demande de Monaco 2040 pour que le Fascicule Budgétaire (ou tout document permettant de comprendre la loi de budget ainsi que les séances publiques qui y sont dédiées) soit enfin public.

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Faits notables

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Budget annuel 2026
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D’une manière générale, le Budget Primitif 2026 est en net contraction par rapport au Rectificatif 2025 : les recettes baissent de -11% et les dépenses de -8%

General_Depenses_Recettes.png

Pour comprendre ces évolutions importantes, regardons plus en détail l’évolution des recettes et dépenses.  

 

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Côté recettes

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Par rapport au Budget Rectificatif 2025, les recettes du Budget Primitif 2026 ont évolué de la manière suivante :

Evolution recettes.png

Les principaux écarts entre Primitif 2026 et Rectificatif 2025 sont les suivants :

 

  • Transactions commerciales (TVA) : l’Etat anticipe une baisse de -138M€ de TVA en 2026. Cette baisse anticipée de la TVA s’explique sans doute par le fait que 2025 était une année exceptionnelle du point de vue de la TVA immobilière (fin de Mareterra et de Bay House) et qu’on anticipe un retour à la normale.

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  • Transactions juridiques : elles sont elles aussi en forte baisse (-68M€), sans doute pour la même raison là aussi que pour la TVA, l’année 2025 ayant été exceptionnelle et probablement la dernière année de l’ère dite des « recettes exceptionnelles » pour l'Etat

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  • Domaine immobilier : l’Etat anticipe une baisse significative de -62M€. C’est là aussi sans doute dû au fait qu’en 2025 cette ligne avait été exceptionnelle, sans qu’on en connaisse la raison exacte (voir Analyse du BR 2025). Mais vu les montants en jeu, cela provient sans doute des « produits de cession » qui ne sont malheureusement pas détaillés. On anticipe donc une année 2026 avec des produits de cession réduits par rapport à 2025.

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Côté dépenses

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Par rapport au Budget Rectificatif 2025, les dépenses du Budget Primitif 2026 ont évolué de la manière suivante :

Evolution depenses.png

Les principaux écarts entre Primitif 2026 et Rectificatif 2025 sont les suivants :

 

  • Equipement et investissement : c’est la grosse baisse du BP26 (-221M€). La logique depuis les années 2000 est d’augmenter les dépenses d’équipement quand les recettes augmentent (au lieu d’épargner) et de baisser ces mêmes dépenses quand les recettes diminuent. 2025 ayant été une année de recettes exceptionnelles (la dernière de l’ère Mareterra), l’Etat a donc significativement augmenté ses dépenses. L’ère des recettes exceptionnelles étant terminée, les recettes et donc les dépenses d’équipement projetées sont donc en baisse (ilot Charles III, ilot Pasteur, Nouveau CHPG, CTVD), malgré une hausse des dépenses liées au Plan national pour le logement.​

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  • Concernant la retraite des fonctionnaires, le Budget Primitif 2026 ne donne malheureusement pas le chiffre exact, mais on peut par une règle de 3 en déduire une fourchette comprise 105M€ et 116M€. Rappelons que pour le Budget Primitif 2025 la fourchette était comprise entre 103M€ et 106M€. On regrette évidemment que le vrai chiffre ne soit pas rendu public, ce qui aurait permis une réelle analyse. On peut toutefois supposer que la hausse est conséquente puisque l’on se trouve dans la période de grande accélération du coût de la retraite des fonctionnaires qui n’a malheureusement jamais été provisionné.

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Plan triennal d’équipement

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Le plan triennal d'équipement (PTE) du Budget Primitif 2026 liste les prévisions des principales dépenses d’équipement et d’investissement pour les prochaines années. On y retrouve les principaux projets d’équipement, comme le nouveau CHPG, le centre de tri et de valorisation des déchets, les grands programmes immobiliers publics (Bel Air etc.), les programmes d’urbanisation (ilôts Pasteur et Charles III), restructuration du centre commercial de Fontvieille etc.

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Par rapport au plan triennal du Budget Primitif 2025 :

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  • 1 seule entrée significative (Plan national pour le logement : opération Hector pour 177M€) 

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  • quelques lignes ont été supprimées pour la raison que la dépense est à présent terminée, mais étonnamment le CTDV à 694M€ y figure toujours alors que le projet Symbiose a été abandonné avant l’élaboration du Budget Primitif 2026.

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  • aucun projet n’a significativement augmenté

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Compte tenu de l’unique entrée et de la faible revalorisation des projets, le « reste à payer » du PTE diminue pour la deuxième année consécutive, de 4.406M€ au Primitif 2025 à 4.235M€ au Primitif 2026 :

Evolution dépenses futures.png

Analyse

 

La période de recettes exceptionnelles est maintenant terminée, les projets de dépense sont revus à la baisse

 

Les recettes du Budget Primitif 26 sont prévues en nette baisse (-11%) par rapport au Budget Rectificatif 2025, consécutivement à la fin des recettes exceptionnelles. En réaction, l’Etat a donc réduit les dépenses d’équipement et d’investissement (-22%) qui sont celles que l’on maitrise le mieux, afin de ne pas être en déficit. On sent bien que la période des recettes exceptionnelles est maintenant terminée et que la comptabilité budgétaire nous impose de réduire nos dépenses en conséquence.


Avec un peu de recul, l’évolution de l’excédent budgétaire annuel (hors artifices comptables du transfert des actions de la SBM) a certes été positive ces dernières années mais n’a pas connu l’envolée spectaculaire que l’on attendait de la période des recettes exceptionnelles :

Evolution excedent.png

S’il n’y a pas beaucoup plus de "vert" ces dernières années, qui correspondent à la période de recettes exceptionnelles, c’est parce qu’une grande partie des recettes exceptionnelles ont été dépensées, dans de nombreux projets d’équipement. Pour chiffrer le bilan de cette période exceptionnelle, entre 2020 (date à partir de laquelle l’Etat commence à percevoir la première tranche de la soulte de l’extension en mer) et 2025 (date de fin des recettes exceptionnelles) l’excédent budgétaire total n’aura été que de 156M€, très loin des quelques milliards espérés.

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En prenant un peu de recul, on s’aperçoit qu’entre 2000 et ce que l’Etat anticipe en 2026, au global rien n’aura été mis de côté (c’est-à-dire versé au FRC au titre des résultats budgétaires annuels). Malgré la période de recettes exceptionnelles récentes, ce sont 170M€ qui ont été prélevés au FRC depuis 2000.

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Analysons à présent comment ces observations se traduisent dans l’évolution de la partie réellement liquide du FRC.

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La partie liquide du FRC stagne depuis 20 ans

 

Le fait que l’Etat dépense tout lorsque les recettes sont meilleures qu’attendues et prélève au FRC dans le cas contraire pour financer toutes les dépenses, se traduit par le fait que la valeur de la partie réellement liquide du FRC ne grossit plus du tout depuis le début du siècle (elle est aujourd’hui proche de ce qu’elle était il y a 20 ans), tandis que dans le même temps les dépenses annuelles croissent globalement à un rythme exponentiel :

Evolution_FRC_Depenses.png

C’est un peu comme si, malgré les recettes exceptionnelles de l’Etat, une bonne partie de la performance financière de la partie liquide du FRC (investie à 100% dans les marchés financiers) avait été utilisée pour combler les déficits récurrents au lieu d’être capitalisée et épargnée en prévision des mauvais jours. Rappelons que sur les 20 dernières années une stratégie financière de type  "70/30" (soit 70% en obligations et 30% en actions ce qui pourrait correspondre à la stratégie de gestion suivie par le FRC) aurait à peu près doublé de valeur, tandis que la partie réellement liquide du FRC n’a en réalité que stagné sur cette période.

 

Mais cette dynamique ça n’a aucune vocation à durer. Par la force des choses, les recettes vont se tarir à compter de 2026 et alors la question sera de savoir si nous souhaitons réduire nos dépenses ou prélever dans l’épargne (le FRC). Le Budget Primitif 2026 indique que l’on prend plutôt la première option : réduire les dépenses pour préserver la souveraineté financière.

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Le déclin des indicateurs courants de finances publiques marque une pause

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Cette stagnation des réserves et cette hausse exponentielle des dépenses font que le ratio « partie liquide du FRC / Dépenses annuelles », qui représente le nombre d’années de dépenses contenues dans la partie liquide du FRC et qui est fréquemment mentionné par les pouvoirs publics, a poursuivi un lent déclin depuis le début du siècle : 

Ratio FRCvsDepenses.png

Depuis quelques années, ce ratio semble avoir atteint un plancher en dessous duquel l’Etat ne semble pas vouloir s’aventurer. 2026 est peut-être l’année où cette tendance va enfin s’inverser, grâce notamment à :

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  • une excellente performance des marchés financiers en 2025 et l’enregistrement en 2026 dans les comptes du FRC de l’important excédent budgétaire de 2024 (+193M€), faisant augmenter significativement la partie liquide du FRC « sans rien faire »

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  • un début de baisse générale des dépenses en 2026

 

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Mais cet indicateur ne reflète toutefois que le passé et le présent des finances publiques. Il ne prend pas en compte l’avenir, en particulier les dépenses futures au-delà de 2025 et dont les montants sont déjà très élevés et/ou ne font qu’augmenter, par exemple :
 

  • nouveau CHPG

  • CTVD

  • nouveau Centre Commercial de Fontvieille

  • retraite des fonctionnaires qui augmente de 5%/an faute de gestion actif/passif

  • logement des Monégasques qui augmentera significativement une fois que l’Etat n’aura plus aucun terrain disponible (après Annonciade II donc)

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Pour le prendre en compte, ne serait-ce que partiellement, on peut par exemple observer le ratio suivant qui indique dans quelle proportion les réserves de l’Etat pourraient financer les dépenses d’équipement des 3 prochaines années (sur la base du plan triennal d’équipement). Malheureusement, cet indicateur a lui aussi été en déclin ces 20 dernières années passant de 300% à moins de 100% en une dizaine d’années :

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Ratio FRCvsTriennal3ans.png

Avec des réserves qui stagnent voire réduisent depuis 20 ans et des dépenses d’équipement qui croissent rapidement, ce ratio est lui aussi sur le déclin, passant de 300% à moins de 100% en une dizaine d’années.

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Conclusion

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La période des recettes exceptionnelles est maintenant terminée. Les recettes sont ainsi attendues en forte baisse, ce qui pousse l’Etat à revoir à la baisse un certain nombre de dépenses d’équipement et d’investissement pour éviter d’avoir à piocher dans l’épargne nationale (FRC) ou d’afficher un déficit. Il va même jusqu’à réduire les dépenses ordinaires de l’Etat, ce qui hors Covid n’était pas arrivé depuis environ 30 ans. 


Avec un peu de recul, on se rend toutefois compte que cette fenêtre de recettes exceptionnelles (de 2020 à 2025) correspond à une période de dépenses elles aussi exceptionnelles puisque l’excédent total sur la période n’est finalement que de 156M€, très loin des montants espérés.


Avec un peu plus de recul encore, on s’aperçoit que même depuis le début du siècle le fonctionnement est le même : alors que les recettes ont globalement triplé depuis 2000, ce qui est déjà remarquable, l'Etat a dépensé encore plus, prélevant environ 170M€ dans les réserves de l'Etat. Cela a conduit à ce que ces réserves passent d'environ 4 années de dépenses annuelles à une année en l'espace de 20 ans.


Les projets d'équipement actuels de l'Etat (nouveau CHPG, CTVD, nouveau Centre commercial Fontvieille) étant déjà très coûteux, le coût de la retraite des fonctionnaires n'étant toujours pas provisionné alors qu'on entre dans une phase particulièrement coûteuse, le coût du logement des Monégasques étant amené à croitre de manière explosive après Annonciade II sans faire l'objet d'un quelconque provisionnement, nous nous demandons comment tout cela pourra être financé par des recettes à présent plus faibles et par nature incertaines, au risque de devoir à nouveau prélever dans le FRC dont la partie réellement liquide n’évolue plus depuis 20 ans.


Malheureusement, en l’absence de gestion actif/passif des réserves du pays, le Budget Primitif 2026 comme tous les autres Budgets précédents, n’apporte pas de réponse à cette question.

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